Bertille Garraud - Kino

Interview de Bertille Garraud Réalisatrice et Actrice

Peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Bertille Garraud, j’ai 26 ans, je suis comédienne, et de temps en temps je fais des films, et de temps en temps j’écris des pièces de théâtre.

Combien de Kino as-tu réalisé ?

J’ai réalisé 6 kinos, espacés sur 2 ans, voilà. C’est un peu un tous les trois mois ou un quand j’en ai envie. J’en ai réalisé pour d’autres, et puis j’ai beaucoup participé à d’autres kinos avec des équipes différentes aussi, en tant que comédienne.

Et tu travailles toujours avec la même équipe ?

Souvent c’est une équipe que j’ai déjà, enfin, des copains que j’ai rencontré sur d’autres tournages. Notamment les 48 heures : « Faire un film en 48 heures », où j’ai rencontré deux, trois personnes qui font qu’aujourd’hui, c’est des gens que je contact en priorité. Mais quand il me manque quelqu’un, quand quelqu’un part, et bien du coup je demande sur Facebook souvent et puis je vois ! Ça me permet de rencontrer du monde et de voir pour les techniciens en tout cas. Je crois que ça fait 4 courts-métrages que je travaille avec un gars au mixage son. Je ne l’ai jamais rencontré encore mais il fait du très bon boulot, donc je reste avec lui. Mais il y a des gens que je n’ai jamais rencontré, que j’ai juste eu par l’intermédiaire des kinos !

Bertille Garraud pendant un tournage.
Rencontres-tu des difficultés ?

C’est par période je crois, il y a des difficultés par périodes en fonction de ce que j’ai envie d’apprendre parce que pour le coup le kino je vois juste ça, enfin “juste ça”, c’est déjà bien ! Un espèce d’exercice pour essayer d’apprendre et essayer de comprendre comment faire un court-métrage et comment il fonctionne. En ce moment la grande difficulté c’est d’arriver à faire un scénario simple, clair, qui soit compris et qu’on n’est pas obligé d’expliquer en 80 dialogues en fait. Ca c’est mon mood du moment et après, je pense que je passerai à l’étape d’après. Et c’est, plus facile pour moi d’arriver à faire de la mise en scène de théâtre, et donc de faire de la vraie réalisation et de savoir exactement ce que je veux à tous les moments sur certains plans. Pour l’instant c’est ça, et l’organisation, c’est toujours un peu la même chose donc ça va. 

Un conseil à donner aux Kinoïtes débutants ?

D’y aller, d’en faire, de se planter 10 fois, 20 fois, et de s’en foutre vraiment ! Et que c’est pas grave, et que il y en aura d’autres, et que le prochain sera peut être pas bien, mais qu’à un moment donné on va apprendre des choses et on fait ça que pour ça. Ou en tout cas, moi je ne fais ça que pour ça et si c’est pour commencer à essayer de se montrer d’une certaine manière, de vouloir prouver quelque chose en faisant ça, je pense que ce n’est pas la première étape. Je pense que c’est juste un laboratoire et puis un jour on ne sait pas pourquoi, ça fonctionne, et ce qu’on fait commence à intéresser, peut être, des gens et là ça devient chouette ! Mais en tout cas, s’en foutre surtout. C’est quelque chose qui est mensuel et on peut tester ou non, et puis ça reste un petit festival où on peut se permettre d’aller quand on veut, où on commence à connaître des gens au fur et à mesure, et quand fait il suffit juste d’envoyer un lien “We Transfer” en fait, c’est tout ça. Mais surtout, éviter de s’imaginer tout et le pire qu’on a fait, le court-métrage le plus merdique possible parce que c’est pas le cas, enfin, il y a toujours des choses intéressantes à prendre et ça s’améliorera forcément de mieux en mieux. Enfin j’espère, enfin j’ai jamais vu, je connais peu de gens qui ont régressé en en faisant plein.

Qu’est-ce que Kino Lyon t’a apporté ?

Kino Lyon m’a apporté des rencontres, de l’expérience ! Kino Lyon m’a apporté aussi le fait de pouvoir me permettre, moi aussi, de raconter mes histoires. Parce que, avant je travaillais beaucoup avec plusieurs équipes et souvent j’étais assistante réalisatrice ou je faisais d’autres choses. Et là je me suis dit, je vais essayer moi aussi de raconter des choses et ça m’a permis de ça, de pouvoir m’entrainer, m’exercer, et d’avoir, mine de rien, la possibilité d’avoir une parole aussi là-dedans. Parce que c’est vrai, c’est quelque chose de particulier mais j’aime bien écrire et je suis comédienne en même temps, et souvent, on n’a pas forcément ce que l’on a envie d’avoir, ou on n’a rien, et du coup c’est quand même très pratique de se dire « oh tiens j’ai envie de m’écrire ça ! » et de pouvoir aussi se permettre de s’écrire des rôles et de pouvoir faire des choses un peu différentes aussi, c’est amusant, c’est ça surtout : de l’amusement, voilà.

Bertille Garraud et une comédienne lors d'un tournage
En tant que femme réalisatrice, te sens-tu à ta place ?

Oui. Oui, enfin, j’ai pas, ou alors je suis complétement à l’ouest, mais j’ai pas vu de personnes, enfin en tout cas personne n’est venue me voir pour me dire que je n’avais pas ma place ici. Et que, je crois que ça revient avec la question d’avant, c’est que je m’en fous, vraiment. Je fais des trucs, ça plaît, ça plaît pas, c’est pas le souci. Je suis une femme, ou je ne suis pas une femme, on s’en fout. Je pense que la place elle se crée à un moment donné, ou pas ! L’essentiel c’est qu’il faut se sentir soi-même légitime à faire des choses, surtout en tant que femme. J’ai l’impression qu’on dit souvent de dire qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde mais alors qu’en fait il faut le faire parce que personne ne le fera à notre place. Ou alors je ne m’en rends pas compte, peut être que ça m’est déjà arrivé, ou peut-être que le fait d’être réalisatrice c’est parce que je me suis dit à un moment donné « ok, moi là j’en ai marre, j’ai juste envie moi qu’on m’écoute, et de le faire moi-même ». Et ça m’est déjà arrivé, d’arriver dans des processus de création où on commence et « ok, bon alors, on va écrire une histoire ça va être avec un mec ». Ouais, alors, ça peut être un mec ou ça peut être une meuf et peu importe, voilà. Mais c’était toujours très dans des ambiances où en fait on retrouvait un peu les mêmes cadres et j’avais envie d’en parler différemment. Et en réalisant des trucs, je me suis rendu compte que ouais, je pouvais le dire comme je le voulais et que personne aller venir me faire une réflexion là-dessus ou aller étouffer ma parole, même si ça ne m’est pas arrivé mais voilà. 

Des questions plus courtes maintenant : un film que tu conseillerais aux Kinoïtes ?

« Canine », de Lánthimos, qui est un réalisateur qui a déjà fait quand même beaucoup de films, qui a fait « The Lobster » ou « La Favorite » qui sont très connus, et que j’aime beaucoup parce que justement, bon, en fait, il plait pas à tout le monde. Mais il y a, dans la manière dont il a filmé, on comprend rien les premiers plans et on comprend au fur et à mesure sans qu’il est besoin de dire quoi que ce soit, et ça c’est impressionnant.

Des endroits où tu aimes tourner ?

J’ai souvent tourné dans des appartements, mais La Feyssine, avec un morceau de verdure c’est pas mal quand même, j’ai pas mal tourné là-bas. Et puis il y a des endroits où j’aimerais bien tourner, comme Jean Macé. Sous Jean Macé, il y a des néons de partout et je me dis que ça serait chouette !

Une série et un personnage que tu aimes ?

« Dirk Gently » et, à peu près tous les personnages mais en tout cas le personnage de Bart, complètement déjanté et tous les personnages sont complètement déjantés et ça change.

Quelle bande son t’inspire ?

La bande son de « Grand Budapest Hôtel ». C’est une petite guitare, donc voilà, c’est assez neutre, enfin, ce n’est pas neutre non, parce qu’il y a des chants Tyrol au début mais c’est un peu, ça m’aide à ne pas trop me distraire et pas partir dans des envolées lyriques.

Une jeune réalisatrice qui fait du bon boulot ?

Delphine Girard, même si je pense pas qu’elle soit jeune, ou je ne sais pas, mais en tout cas, elle a fait un court-métrage qui m’a vraiment touché, qui s’appelle : « Une Sœur » qui a cartonné. Mais cartonné, je crois qu’elle a été dans la nomination des Oscars cette année, donc cartonné, cartonné ! Et c’était incroyable !

Bertille Garraud pendant un tournage

Retrouvez l’interview de Bertille Garraud en intégralité sur la chaîne Youtube de Kino Lyon.

Retrouvez également une interview exclusive sur le compte Instagram de Kino Lyon.